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16.08.2006

Corruption : l'arbre Faurecia dans la forêt allemande

L'« affaire Faurecia » est grave. Elle ne devrait pourtant pas servir à camoufler le développement de la corruption comme mode de négociation industrielle en Allemagne.

medium_Faurecia_DR.jpgL'« affaire Faurecia », soit la découverte de versements, par l'équipementier français, de pots de vins aux acheteurs de certains constructeurs allemands, mériterait d'être rapidement rebaptisée. Et sans que la responsabilité de la filiale de PSA ne soit le moins du monde amoindrie par la révélation d'une véritable tradition de corruption économique en Allemagne, l'entreprise française n'est clairement pas à la racine du problème.

Pierre Lévi, le PDG démissionnaire de Faurecia, a d'ailleurs choisi de ne pas tourner trop longtemps autour du pot en admettant avoir été « informé » de ces pratiques. Les enquêtes des parquets de Francfort et de Munich devraient d'ailleurs permettre d'établir à quel point le secteur est gangrené par la circulation de valises de billets entre industriels. Il semble cependant assez peu risqué, à ce stade de la procédure, de présumer que des têtes tomberont en grand nombre chez la plupart des grands acteurs de la filière — constructeurs et fournisseurs.

Mais déjà, voici que des voix s'élèvent pour accuser la concentration à l'œuvre depuis quelques années, l'émergence de géants du type DaimlerChrysler ou Renault-Nissan étant à l'origine de ces phénomènes de corruption. Pour d'aucuns, les constructeurs seraient devenus si exigeants, si tyranniques, à l'égard des équipementiers que ces derniers en seraient réduits à tous les expédients — légaux ou pas— pour préserver leurs contrats.

L'argument est audible : des clients moins nombreux et engagés dans une course à la taille critique, des séries rendues plus longues par le jeu des plates-formes communes, des efforts de recherche à la fois plus intenses et plus coûteux... Clairement, la dynamique industrielle de certains marchés pourra stimuler les sorties de route déontologiques ici et là. Mais le prestige et le nombre des entreprises citées (BMW, VW, Lear, Magna...), ainsi que les affaires sorties dans la foulée et portant sur d'autres secteurs (Bertelsmann dans l'édition, Infineon dans la high tech...) incitent à penser que ce sont les pratiques banales d'un système économique où des responsables acceptent argent et avantages en nature de manière routinière.

Sans aucun doute, l'Hexagone n'est pas exempt de ces dérives et il ne s'agit pas, en montrant nos voisins du doigt, de nous dédouaner nous-mêmes, a fortiori lorsqu'une entreprise française sert de déclencheur à la crise. Mais il s'agit surtout, pour les Allemands, de prendre la mesure d'une situation devenue intenable, les dommages liés à la corruption étant évalués à « plusieurs milliards d'euros » et le nombre de plaintes pour délits économiques progressant de 10% par an. De bonnes raisons, on le voit, de s'accorder quelques minutes pour réfléchir à une rédéfinition un peu plus universelle de cette fameuse « affaire Faurecia ».

H.S.

Commentaires

D'autant plus que Faurecia n'était pas totalement responsable de la situation, l'affaire ayant début chez Sommer Allibert avant que ce dernier ne soit racheté.

Ecrit par : Léonard | 16.08.2006

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